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 Manche décousue et déconvenues

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MessageSujet: Manche décousue et déconvenues   Mar 29 Sep - 19:47





Manche décousue et déconvenue


Constance Bonacieux ♦ Séraphin de Monllieu






Une missive cachetée apportée ce matin par un messager, un rendez-vous pour affaire cet après-midi même mais le nom dont est signé ce mot me laisse perplexe. J’apprécie habituellement quelques jeux de l’esprit mais de signer d’un anagramme… vraiment… soit l’on me prend pour un sot soit c’est celui qui l’aura signé qui se trouve en être un. A moins de souhaiter qu’en lisant entre les lignes, j’en vienne à deviner qui en est le véritable expéditeur.

Monsieur de Nuray donc… ou ne serait-ce pas plutôt Monsieur de Aurny qui aura déjà tenté de me confondre il y a des semaines de cela. Il souhaiterait donc me voir et en un lieu ou il compte ne pas être inquiété. Je vois. Une boutique bourgeoise dans le quartier est, très bien. Je me lève donc, emportant avec moi quelques grains de raisin clair du plateau de l’on m’aura apporté au déjeuner avant de me diriger vers le cabinet de toilette.

Tenue soignée, lames dissimulées, poudre, parfum. Je n’oublie pas bien entendu de brûler le mot en question à la flamme d’une bougie, patientant le temps nécessaire afin qu’il n’en reste rien.


- Gaston ? Faites atteler je vous prie, j’ai affaire en ville. Fis-je terminant de nouer le noeud de mon foulard tandis qu’un domestique patientait afin de me faire enfiler ma veste.

Boutique Bonacieux, maître tailleur. La voiture s’arrête quelques mètres plus loin mais avant d’en descendre, je me dois de trouver un prétexte à ma présence. Et c’est d’un coup sec que, tirant sur l’une de mes manches, que je démet celle-ci, arrachant les coutures au niveau de l’épaule.

Je prend mon air offusqué une fois descendu, me dirigeant vers ce lieu de rendez-vous imposé. Y entre sans forme de procès, observant tout d’abord la disposition des lieux ainsi que les âmes présentes puis appelant subitement à tout rompre si quelqu’un pouvait prestement s’occuper de mes malheurs comme s’il s‘agissait du pire affront au monde. Mon contact n’est pas encore arrivé. Grand bien lui fasse, je pourrai ainsi juger de la situation à mon aise.



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Dernière édition par Séraphin de Monllieu le Mer 30 Sep - 20:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Mer 30 Sep - 19:38

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Charles Péguy

Les tissus qui m’entouraient depuis quatre ans à présent m’avaient d’emblée attirés. Plus que Monsieur mon époux ? Cela était d’un autre ressort. Et aucunement je n’aurais osé le dire ou même, le penser. En ce qui concernait mon intérêt pour le métier qu’exerçait M. Bonacieux, il avait l’habitude de la qualifier d’ardent, passionné et méticuleux. Mon mari étant avare de compliments, je savourais encore ces mots qu’il me répétait chaque jour. Ma persévérance et mon courage m’avait beaucoup aidée dans mon apprentissage de ce nouveau métier. Le domaine, auparavant, ne m’était point familier et je n’aurais jamais pu imaginer qu’un jour il aurait pu le devenir. Mais à présent, j’aide un tailleur de renommée dans ses tâches, je choisi avec soin les tissus destiné à la gente féminine en écoutant ses conseils experts. C’était déjà beaucoup de responsabilités, d’autant plus que je gérais les comptes, chose qu’il n’avait jamais permise à aucun de ses employés.
Les ouvriers étaient au nombre de deux. L’un d’entre eux était un homme d’âge mûr que l’on appelait « Willem ». Willem était venu des Flandres afin d’apporter son savoir-faire de dentellier de Bruges dans notre ville lumière. Cela avait été une aubaine pour Bonacieux de le rencontrer dès son premier jour à Paris. Désormais, son art nous était entièrement dévoué et nous disposions de l’unique boutique productrice d’authentique dentelle de Bruges. Willem réalisait également quelques tapisseries bruxelloises mais il ne s’agissait pas là de sa charge parmi nous. Le second ouvrier était en réalité un jeune apprenti italien, Benvolio, petit adolescent frêle au physique quelconque mais aux doigts de fée.
Quant à nos couturières, elles étaient trois. Trois sœurs. L’aînée allait sur ses trente ans alors que la plus jeune venait d’avoir quatorze ans. Cependant, elles n’étaient aucune mariées. Parfois, j’enviais mes ouvrières, bien plus libres que je ne l’avais jamais été. Elles répondaient aux noms d’ Eponine, Agnès et Marie-Hélène. Dernièrement, cependant, la cadette d’entre elles avait manqué de perdre son emploi dans notre échoppe. En effet, elle avait, comme disent les hommes « salit à sa réputation ». Marie-Hélène s’était retrouvée enceinte à 13 ans sans être mariée. Ce péché faisait horreur à la société et c’est avec grande force que je défendis sa cause auprès de mon époux. Elle resta donc à notre service mais fit une fausse-couche quelques semaines plus tard.

En ce jour ensoleillé, je m’affairai donc à enrouler soigneusement les tissus arrivés des Indes par bateau à la Rochelle, très récemment. On nous les avait livrés le matin même et il ne fut pas aisé de décharger cette cargaison, quand bien même j’avais bénéficié de l’aide de mon époux et de nos ouvriers.
Mon époux, parlons-en donc ! était sorti après cette lourde tâche, me confiant la gestion de l’échoppe, souhaitant régler une commission en centre ville.
Lorsque le tintement de la porte s’ouvrant sur un nouveau client se fit entendre, je cessai mon activité et sorti du rayonnage. Il s’agissait d’un homme. Jeune encore. Visage plutôt bien dessiné. Elégament vêtu. Coquet, à en voir sa tenue. Déchirure à l’épaule. Yeux foncés. Mains blanches mais semblant prête à agripper quelque chose d’invisble, telles deux arraignées.
En un seul coup d’œil, je parvenais à me faire une idée du genre de personne. Noble sang, argenté et maniéré. Je savais le ton à adopter. Doux, respectueux et un brin soumis, avec un air flatteur. Je décochai un simple petit sourire jovial.

-Bien le bonjour, Messire ! Que nous vaut l’honneur de votre visite dans l’atelier tailleur Bonacieux ? En quoi puis-je vous servir ?

       

       
       

   
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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Mer 30 Sep - 20:56





Manche décousue et déconvenue


Constance Bonacieux ♦ Séraphin de Monllieu






Il n’y a qu’une personne présentement dans la boutique mais vu la disposition des lieux et le service fourni, d’autres doivent forcément s’affairer dans une arrière salle. Je repère d’éventuelles portes de secours dès mon arrivée, les fenêtres également. S’il semble possible de s’y faufiler ou si ce qui se trouve à l’intérieur pourrait aisément se voir de l’extérieur. Ce qui n’est en rien absurde d’être aussi méfiant. Cette tâche que j’exerce étant parfois plus périlleuse qu’il n’y parait si l’on n’assure pas quelque peu ses arrières. Surtout avec ce gredin de Aurny s’il s’agit bien de lui. N’ayant ni la carrure d’un mousquetaire ni leur compétence à l’épée… bien qu’il me soit arrivé de défier un ou deux jeunots mais par jeu, donc sans réelle motivation, il me faut user de la ruse.

Une jeune dame s’en vient à moi et je joue mon rôle d’une voix un peu plus aiguë que celle que le ciel m’eut naturellement accordé. Prenant l’air à la fois consterné et indigné par ce qui m’arrive. J’en viendrais parfois à me faire sourire moi-même tant je puis paraître précieusement ridicule.


- Voyez ce qui arrive lorsque l'incompétence ne trouve sa limite que dans la maladresse innée de mon valet ! Je me rendais chez quelques amis fort proches et voici que d’un geste, cet incapable eut tôt fait de causer l’irréparable. Voyez ! Voyez donc ! De quoi ai-je l’air ?

Forcément, elle ne peut y échapper alors que je tend l’épaule en sa direction tout en me plaignant. Il n’y a pourtant que quelques centimètres d’arrachés, même pas un demi tour de manche.

- J’espère que vous disposez d’un personnel qualifié qui pourra remettre cela en ordre rapidement. De préférence ni une jeune apprentie peu habile ou au contraire de couturière de trop longue date, n’y voyant plus très bien. Outre ma reconnaissance éternelle, il vous sera offert une belle compensation pour ce temps perdu.


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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Ven 2 Oct - 12:35

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J’eu du mal à réprimer un petit sourire lorsque mon client prit son air le plus offusqué. Il était tout bonnement un de ces gentilshommes précieux qui se voulaient élégants et emplis de manières jusqu’au bout des doigts. Son visage à présent tourné vers moi, je remarquais sa bouche faisant des cercles magnifiques afin de réaliser ce qui s’apparenterait le plus à une moue de consternation. Elle était bien belle,cette moue. Il avait sûrement du la travailler des heures durant avant d’en avoir une si grande maîtrise ! Devant sa glace, cela ne faisait aucun doute. Car assurément, cette moue raffinée n’avait rien de naturel.
Et voici que cette bouche se mit à parler :

- Voyez ce qui arrive lorsque l'incompétence ne trouve sa limite que dans la maladresse innée de mon valet ! Je me rendais chez quelques amis fort proches et voici que d’un geste, cet incapable eut tôt fait de causer l’irréparable. Voyez ! Voyez donc ! De quoi ai-je l’air ?

Se tournant et retournant tel un paon faisant la roue paradant dans sa basse-cour, l’homme me faisait observer cette manche qui lui causait grand problème. Observer, ce n’est pas exactement le terme adéquat. Car en réalité , cet homme semblait plutôt vouloir susciter une quelconque admiration en s’exposant à la vue d’autrui.
La manche, en elle-même, n’était pas bien amochée. Il s’agissait d’une petite anicroche qui avait donné lieu à un trou béat dans sa veste. Ainsi, j’étais capable de voir le lin immaculé de sa chemise à jabots.
Il ne me laissa point de répit pour lui répondre et me prévint :

-J’espère que vous disposez d’un personnel qualifié qui pourra remettre cela en ordre rapidement. De préférence ni une jeune apprentie peu habile ou au contraire de couturière de trop longue date, n’y voyant plus très bien. Outre ma reconnaissance éternelle, il vous sera offert une belle compensation pour ce temps perdu.

Enfin, lorsqu’il eut terminé son petit manège des plus délicats, il se prostra  devant moi, me tendant le bras afin d’avoir pleine vue sur cette fameuse manche.

-Et bien, répondis-je. Je puis vous assurer, Monsieur, que malgré ce malheureux incident, ni votre prestance, ni votre allure n’en sont pas entravées. Cependant, comme il serait mieux que vous rejoigniez vos amis rapidement, je vais confier la tâche à ma plus habile retoucheuse. Ne craignez rien en ce qui concerne sa vue ; elle vient d’atteindre la trentaine et est très expérimentée.

J’ouvrais la porte de l’atelier adjacent et appelait Eponine.

-Eponine , ma bonne, veuillez vous charger de la veste de Monsieur. Et faites vite sans pour autant perdre en méticulosité.

Je fis le tour du comptoir en chêne afin d’être à côté de mon client :

-Monsieur, me permettez-vous de vous ôter votre veste ? Sans quoi vous prendriez le risque d’être malencontreusement piqué .
     

       
       

   
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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Ven 2 Oct - 17:22





Manche décousue et déconvenue


Constance Bonacieux ♦ Séraphin de Monllieu






- Mais je vous en prie, faites donc. Fis-je tout en l’autorisant à ôter cette veste, cause de tous mes soucis. Travaillez sans crainte cela dit, j’ai envoyé ce maladroit prévenir de mon retard. Fort heureusement, je prévois toujours quelques délais afin de demeurer ponctuel.

Laissant cette dame faire, tournant sur moi-même au besoin afin de lui faciliter la tâche, j’observais ensuite, faisant mon curieux mais sans trop en montrer, l’arrivée de la dite Eponine.

Oh elle aurait pu être atteinte de strabisme que cela ne m’aurait en rien gêner au fond mais ce fut surtout ce qui se jouait derrière elle qui m’intéressait. A savoir de juger de combien d'employés cette pièce regorgeait. Et de ce j’en perçu en premier lieu, moi mis à part, il n’y avait que des femmes. Même si de mauvaises langues m’aurait compté au total. Mais j’entendis également la voix d’un homme plus âgé ainsi que celle plus fluette que je pris pour celle d’un gamin. En définitive, les présents étaient potentiellement peu apte à ne servir à autre chose que de victime si jamais les choses tournaient mal. Il me fallait en tenir compte.


- Vous avez de fort belles étoffes ma foi, me permettez vous d’en faire le tour quelques instants, cela me permettra de patienter. Faites vous dans la dentelle également ? Cela dit, sans faire de mauvais jeu de mots.

Je la laissais me répondre, l’écoutant distraitement car plus concentré sur la porte d’entrée désormais. L’heure du rendez-vous s’était annoncée et une voiture venait de s’arrêter juste devant. Les bruits fait par le marchepied m’indiquant que deux personnes en étaient descendues, et il ne fallut pas plus d’une minute avant que la porte ne s’ouvre sur l’une d’elles. Un homme. Le second semblant être resté au dehors.

Il était vêtu d’une cape et d’un chapeau ample qui, posé en biais, assombrissait son visage. Mais je reconnais là, la fine barbiche de ce cher Aurny. Espérons à présent que la tenancière de la boutique ne soit pas trop prise à partie dans cette affaire.

Aurny la salue, fait état d’une commande qu’il se doit de venir chercher. Il semblerait qu’il tente purement et simplement de la faire sortir quelques instants de son comptoir afin de nous laisser seuls en boutique. Ce que je m'apprêtais à faire. Tant voir plus pour sa sécurité que pour m’assurer de sa discrétion.

Pour l’heure, il faisait mine de ne pas me remarquer alors que, semblant toujours plongé dans l’admiration des quelques tissus, je lui tournais le dos de trois quart, mais gardant à la fois mes distances et mes sens en éveil.



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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Dim 20 Déc - 15:07

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Fort heureusement, le gentilhomme accepta ma requête. Le travail serait bien plus aisé de cette manière.

-Mais je vous en prie, faites donc. Travaillez sans crainte cela dit, j’ai envoyé ce maladroit prévenir de mon retard. Fort heureusement, je prévois toujours quelques délais afin de demeurer ponctuel.

Je l'assurai cependant de la bonne réputation de l'entreprise ; chez Bonacieux, le travail vite fait était bien fait, comme par évidence. "L'efficacité sous sa plus haute forme" disait souvent Monsieur mon époux.

-Soyez assuré que nous ferons au plus vite, Monseigneur, ce retard sera si court qu'il ne saura vous porter préjudice.

J'appelai à nouveau Eponine qui arriva enfin.
Cette femme... Notre couturière en chef. Duhaut de ses trente printemps, elle en parraissait dix de plus. Dès qu'elle avait été sur pieds, elle avait travaillé. Autrefois,elle avait été belle, cela allait de soi. Cependant, son visage auparavant angélique était à présent marqué des traces de la petite vérole. Et ses mains...Le temps et la rudesse de la vie faisaient ce genre de chose, surtout sur les gens de notre condition.
Notre condition ? Que dis-je ! Depuis quatre années, je ne suis plus de ce côté de la vie ; à la tête de la boutique au lieu d'être à l'arrière dans l'atelier! Epouser un commerçant bourgeois avait tant de bons côtés ! J'avais été chanceuse qu'il me repère, moi , la petite Constance. Oui, très chanceuse. Très très chanceuse. C'est ce qu'il fallait se répéter et se dire chaque jour, en se regardant dans la glace.
Eponine saisit le vêtement et s'exécuta en m'adressant un petit sourire. Durant ces quelques secondes, elle avait eut son air d'autrefois.

- Vous avez de fort belles étoffes ma foi, me permettez vous d’en faire le tour quelques instants, cela me permettra de patienter. Faites vous dans la dentelle également ? Cela dit, sans faire de mauvais jeu de mots.

-Je vous en prie, Monsieur, faites à votre aise. Je vous remercie de ce compliment en vous promettant que l'attente ne sera point trop longue.

Je fis quelques pas vers lui.

-Sans aucun jeu de mots, nous faisons également dans dentelle.Nous sommes la seule boutique parisienne qui produit de la dentelle de Flandres et ne l'importe pas. Nous comptons dans notre main d'oeuvre un dentellier de Bruges or-pair. Souhaitez-vous que j'aille quérir quelques un de ces derniers chef-d'oeuvres ?  

C'est à ce moment que le carillon de la porte du magasin retentit. La porte s'était ouverte sur un homme dans une cape noire, portant un chapeau à larges bords. Je reconnus un homme qui nous avait passé une petite commande hier.

-Monsieur de Rynau, quel plaisir de vous revoir ! fis-je de mon air le plus jovial.

-Ma commande, commence-t-il....

Je lui souris à nouveau, sans me poser aucune question sur les raisons de sa tenue sombre et mystérieuse.

-Est prête et parfaitement réalisée. Je vais la quérir à l'arrière boutique.

Je me retourne vers mon client précédent.

-Et je me charge d'apporter la dentelle également, vous l'admirerez à votre guise.

     

       
       

   
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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Mar 22 Déc - 22:57





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J’allais répondre à la commerçante lorsque d’Aurny entra donc et ne pus m’empêcher de sourire, comprenant qu’il avait usé du même artifice afin de maquiller son nom ici aussi. Il aurait mieux valu qu’il change de barbier plutôt.

– Je vous remercie madame, fis-je à l’attention de Madame Bonacieux alors qu’elle proposait de me faire admirer ses dentelles.

Profitant donc des quelques instants à venir, je m’approchais donc du second client, me tenant tout de même sur mes gardes, sans en avoir l’air.

– Pensez-vous que la qualité des services proposés ici soit à la hauteur de leur réputation, cher Monsieur d’Aurny ?

Il s’esclaffe sans joie, me faisant bien sentir ensuite qu’il ne semble pas apprécier le fait que je cite son nom aussi naturellement et ôte donc son chapeau, se présentant vers moi.

– Ainsi rien ne vous échappe mon ami.

– Votre ami ? C’est peut-être vite parlé Monsieur. Et à ce propos, venons-en aux faits. Pourquoi m’avez-vous fait venir ?

– Pour vous proposer un marché.

Je tourne légèrement la tête, scrutant autour de moi, mais d’une façon théâtrale, haussant les épaules et écartant à demi les bras.

– Et la boutique d’un tailleur est devenue l’endroit à la mode pour cela ?

– Ceci est territoire neutre et… j’imagine que vous ne ferez rien d’inconsidéré alors qu’il y a des dames tout à fait charmantes et innocentes tout à côté.


– Vous êtes décidément à la hauteur de mes espérances, méfiant et lâche à la fois. Mais je vous écoute.

– Je voudrais que vous conduisiez les conclusions de votre enquête vers une autre personne que moi.

– Un ennemi encombrant à écarter sans doute ?

– Une personne peu recommandable que j’aimerais voir sortir de la vie de quelqu’un qui m’est proche.


– Bien, feintais-je. Puis-je en connaître le nom avant de me décider ?

– C’est vous, Monsieur de Monllieu.

Je devais avouer qu’il possédait un sens de l’humour assez particulier que de me faire venir dans le but de me demander cela. Bien entendu, cela va sans dire, j’allais moi-même me faire jeter en prison, passer à la torture et finir pendu. Je ne pus qu’en rire, bien plus spontanément qu’il le fit lui même juste avant, histoire de lui signifier à quel point cela me paraissait grotesque.

– Vous allez déchanter bientôt dans ce cas, car ce n’est nullement dans mes projets de finir à la potence. Mais, dites-moi, par curiosité, serait-ce de votre fils qu’il serait question ? Vous me vexez. Moi ? Peu recommandable ? Voyons, de nous deux, c’est lui qui s’amuse à m’en apprendre le plus sur les vices servis à la cour. Vous le pensiez donc doux comme un agneau ?

– En ce cas, restons en la que dites-vous Monllieu ?

Ce fou est-il si désespéré ou aurais-je touché une corde des plus sensibles en mentionnant les travers de son cher rejeton ? Pourtant, je l’assure, je n’inventais rien. Il sortit son mousquet et me mit en joue malgré la proximité des dames de la boutique et, manque de chance, au moment même ou Madame Bonacieux revint de l’arrière-salle avec sa commande. Quant à moi, pour le coup, je ne pus que lever les mains.


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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Mer 23 Déc - 13:51

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Le gentilhomme maniéré conserva son sourire avenant en me remerciant d'aller quérir cette dentelle. Peut-être allait-elle susciter son attention ? Peut-être l'envie de jabots de dentelle lui prendrait-elle ? Je l'espérai et allait promptement vers l'arrière boutique.
La commande de ce Rauny devait être quelque part sur la table destinée à classer les ouvrages à remettre aux clients, les tissus fin prêts. Je cherchai partout pourtant avant de la trouver entre deux autres, bien dissimulée.
Dans la partie de l'atelier adjacente, le dentellier de Flandre s'activait à son ouvrage.

-Willem, mon ami, pourriez-vous me passez un de vos ouvrages en cours et quelques de vos plus belles pièces ?

Le sourire quelque peu édenté mais non moins sincère de l'ouvrier or-pair me mis un peu de baume au coeur. Des petites gens venaient bien souvent les plus beaux sentiments. La bonté qui émanait de cet homme, malgré ses airs parfois grincheux était semblable à celle d'Eponine et d'eux tous. Ils avaient tant vécu, tant vu, que rien d'autre ne leur permet de tenir dans ce monde.
Willem s'exécuta donc, me parlant de sa langue qui m'étais devenue un peu familière mais dont je ne pouvais toujours rien saisir:

-Jazeker ! Alsublieft , Mevrouw Bonacieux!

Mais son regard aimable parlait pour lui et je le remerciai. Je m'exclamai en voyant le petit coussin écarlate de son nouvel ouvrage en cours. Les canotes pendaient avec à leur bout ce fil de coton immaculé. Une toile d'araignée délicate avait été commencée. Cette dentelle était le travail le plus fin que je n'avais jamais pu voir ! Cette dentelle... Elle était digne d'orner le cou de ma chère souveraine, Anne. Oh, Dieu, que cela lui irait bien à la jolie et douce Anne ! Ma reine...
Elle me manquait. les quelques jours de lingère de remplacement à son service me manquaient. La vie nous avait séparée mais plus qu'une reine admirée et vénérée, je sentais en elle comme une amie.
Oh ciel ! Je pris soudain conscience que je m'attardais trop et me hâtai de revenir derrière mon comptoir, chargée des dentelles et de la commande de Rynau. J'espérais ne pas trop avoir fait attendre ces messieurs!
Soudain, j'ouïs une bribe d'une conversation:

– Une personne peu recommandable que j’aimerais voir sortir de la vie de quelqu’un qui m’est proche.

– Bien.Puis-je en connaître le nom avant de me décider ?

– C’est vous, Monsieur de Monllieu.

Le reste ne me parvint point. Je restais un temps dans l'entre-porte, à mi-chemin entre la boutique et l'atelier. Que faire ? Qu'est-ce que cela signifiait ? J'avais pourtant cru que mes deux clients ne se connaissaient point ! Quelque chose se tramait, mais quoi?
Dans mon esprit, mille hypothèses se formaient déjà. Mais bien vite, je reprenais le rôle de la docile et raisonnable vendeuse de la boutique Bonacieux. Ma place était derrière mon comptoir. Je n'avais pas à me poser des questions sur quelque autre sujet.
J'ouvris la porte battante.
Et là,je compris que ma famille avait eut tort. Que mon époux avait constamment tort. Que l'Eglise et la société qui me dictait mon rôle de femme avaient tort. Que la seule chose à laquelle je pouvais me fier étais mon instinct qui, toujours, avait été bafoué et refoulé. Mon instinct et mes sentiments.

L'image qui s'offrait à ma vue était affolante. Et pourtant, elle me paraissait terriblement réelle. Le prétendu Rynau tenait le dénommé Monlieu en joue, la pointe de son épée contre sa joue.
Je laissais tomber les dentelles et la commande, signalant par la même occasion ma présence.
"Quelle empotée!" pestais-je contre moi-même.
     

       
       

   
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MessageSujet: Re: Manche décousue et déconvenues   Mer 30 Déc - 19:49





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Deux choix s’offrent à moi. Le premier, user de la légère diversion causée par l’arrivée maladroite de Madame Bonacieux ayant fait tomber ses précieuses dentelles. Le second, continuer à feindre, espérant pouvoir débloquer la situation par la suite malgré tout.

J’avoue que si j’avais choisi cette seconde option, j’aurais dû également me mettre à prier qu’Aurny ne souhaitait pas aller jusqu’à m’assassiner devant témoin. Témoin qu’il n’aurait sans doute aucun remords à faire taire que ce soit immédiatement après ou plus tard. À moins d’user de chantage, je l’imaginais assez bien dans ce rôle.

Je me devais d’agir promptement et profitant donc du mouvement engendré par les paquets tombés, des quelques mots engendrés ayant provoqué ce léger mouvement de tête et des yeux de mon ennemi vers cette dame. Frappant de mon avant-bras contre l’arme afin d’en écarter le canon de ma tête. Forcément, le coup partit, la balle allant se ficher quelque part derrière moi. Espérons que ce ne soit pas dans l’une de ces étoffes d’un beau bleu de Prusse, car elles me plaisaient assez. Ç’aurait été dommage.

Profitant de l’effet de surprise et oubliant les bonnes manières, ce ne fut non pas d’une gifle, mais de mon poing qu’il goûta ensuite, préférant l’estourbir pour le moment. Car il ne fallait pas oublier un détail d’importance. Il n’était pas venu jusqu’ici seul.

Prenant Aurny par le col, le plaçant ensuite devant moi tel un bouclier et nous tournant tout deux vers l’entrée.


– Mes excuses madame pour cet incident. Sachez que si j’avais pu l’éviter... Mais je vous en prie, mettez rapidement votre personnel à l’abri. Nous risquons une nouvelle visite.

Et effectivement, la porte s’ouvre alors prestement.


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Manche décousue et déconvenues

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